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Mary Stephenson, Paris (2025)
Inside the White Cube
Mary Stephenson
Mary! Go Round
24 Janvier – 22 Février 2025
Date
24 Janvier – 22 Février 2025
Avec son exposition personnelle à White Cube Paris, l'artiste Mary Stephenson (née en 1989), qui habite Londres, présente une nouvelle série de peintures qui lui sert de « terrains de jeu cathartiques », à elle ainsi qu'aux visiteurs. Dans ses environnements hypnagogiques, des mondes architectoniques côtoient des formes abstraites, évoquant des archétypes – espaces ou objets physiques – qui invoquent des sentiments et des souvenirs. Mary Stephenson utilise la peinture à l'huile comme un outil de navigation de son inconscient, donnant forme et structure aux émotions, aux idées et à l'aspect insaisissable de la mémoire. Produits au cours d'une année, les tableaux de « Mary! Go Round » évoquent des domaines liminaires qui existent entre les mondes entre l’intérieur et l’extérieur, ou comme elle le dit, « là où le figuratif devient abstrait ».
Outre le jeu de mot paronymique de « merry-go-round » (« manège » en anglais), le titre de l'exposition renvoie à l'utilisation que fait Mary Stephenson de la peinture à l'huile pour diriger et orienter son dialogue intérieur. L'approche introspective de l'artiste est à la fois reflétée et facilitée par son attitude envers la peinture, qu'elle traite non seulement comme une technique, mais aussi comme un collaborateur ou « copilote ». S'adressant directement à « Mary ! », le titre peut être lu comme une demande ou un appel de la toile à l'artiste, marquant le début d'un échange synergétique entre la peintre et la technique. La référence au manège évoque aussi le fait que sa pratique picturale suscite une oscillation et un resurgissement d'émotions, une boucle qui implique un retour aux souvenirs, aux expériences et aux environnements de l'enfance.
Travaillant souvent sur des toiles préparées avec de la colle à base de peau de lapin, Mary Stephenson cumule de « fins voiles » de peinture à l'huile qui pénètrent la surface de manières différentes, créant une tension entre contrôle et abandon, entre « nourrir » et recevoir. Comme le décrit l'artiste, « une large partie du travail se passe au sein de cette polarité. La peinture pose des questions et la toile donne des réponses ». Ici le pigment de zinc blanc très transparent joue un rôle clé qui, selon Mary Stephenson, donne la sensation de « peindre avec du verre ». Presque iridescent, ce pigment permet à l'artiste de revenir sans cesse à son imagerie, travaillant couche par couche. Il y a là une sorte de voilement et dévoilement simultanés par des actes répétitifs, un procédé par lequel l'artiste peut explorer l'inconscient grâce à la stimulation sensorielle et émotive de la peinture.
Dans ces œuvres récentes, des zones de couleurs intenses et saturées semblent se dissiper dans de fonds stratifiés – une application diffuse de la peinture modérée par l'inclusion de formes ambiguës et de zones nettes au sein d'une composition segmentée. Avec Delicate Structures, In A Sunflower Field (2024), des rangs de sphères jaunes mènent à un ensemble de formes qui rappellent tour à tour un bâtiment brutaliste, un abri de fortune en carton et un avion en papier. Évitant tout sens logique d'échelle ou d'espace, les scènes de Mary Stephenson, similairement aux souvenirs d'enfance, donnent au moindre geste le statut de monumentalité.
En dépit de l'absence de figures humaines dans ses peintures, Mary Stephenson les décrit comme « des sortes de portraits » d'elle-même et de sa famille. Avec Inflatable Home (2024), un grand carré à facettes, semi-transparent, plane au-dessus d'un paysage dénudé, attaché à deux poteaux par des fils précis de peinture bleue. Si le titre – qui signifie « maison gonflable » – fait référence à la maison où Mary Stephenson a grandi, il s'agit aussi d'un logement non permanent, ou même concret, qui pourrait être percé ou partir à la dérive. Attachée au sol, la structure gonflable sert de métaphore à la nature insaisissable du passé, et le souvenir correspond au souhait inhérent de donner de la stabilité à ce qui est éphémère. Avec 5 Swings (2024), les objets titulaires, qui représentent Mary Stephenson et ses quatres frères et sœurs, sont suspendus à un plafond hors champ. Les balançoires – dont certaines ne se devinent qu'à leurs cordes – sont contenues dans un ensemble de murs ou d'écrans rouges reliés, le tout ressemblant à un décor de scène ou à un bâtiment déplié. Les bords extérieurs se terminent en pointes fines, donnant à la scène ludique une atmosphère menaçante ou de danger latent.
Red, And Yellow, And Blue (2024) contraste avec les compositions plus structurées et les formations figuratives. De cette scène abstraite viscérale de trois globes colorés, produite en une seule séance courte après avoir perdu un proche, se dégage quelque chose d'immédiat : « Cette rude expérience de chagrin s'est résolue en trois couleurs primaires sur la toile, les trois couleurs qui donnent naissance à tout chose. Pour moi, cela représente le chagrin de manière très précise ». En effet, la couleur fonctionne comme une sorte de « dispositif de localisation » pour Mary Stephenson. « Ce n'est pas forcément que le souvenir ressemblait à cette couleur », explique-t-elle ; il s'agit plutôt de « coordonnées me permettant d'aller quelque part ». Peint sur une préparation non absorbante, qui refuse les superpositions qui caractérisent les autres œuvres de l'exposition, Red, And Yellow, And Blue donne un sentiment d'urgence tout en donnant à réfléchir : « c'était presque comme un exorcisme ».
Dans l’exposition « Mary! Go Round », Mary Stephenson utilise la couleur, la forme et la matérialité de la peinture comme véhicule pour arriver à des recoins intimes de l'esprit. Grâce à son approche particulière de la peinture et de ses aléas, les œuvres s'apparentent à des portails vers l'inconscient personnel et comme le matériau brut d'où émanent les expériences universelles et les souvenirs collectifs. Servant de cordons ombilicaux entre l'intérieur et l'extérieur, entre le fantasme et la réalité, ces « terrains de jeu cathartiques » sont les lieux de la psyché qui distillent, un instant, ce qui est passager et impalpable.
Sélection d'œuvres
Mary Stephenson
5 Swings, 2024
Mary Stephenson
Red, And Yellow, And Blue, 2024
Biographie
Portrait of Mary Stephenson. Courtesy the artist.
Mary Stephenson (née en 1989 à Londres) vit et travaille à Londres. Diplômée des Royal Academy Schools de Londres en 2023, elle avait auparavant achevé ses études à la Glasgow School of Art en 2011. Mary Stephenson a présenté des expositions personnelles à Chapter NY, New York (2024) ; Massimo de Carlo, Paris (2024) ; Linseed Projects, Shanghai (2022–2023) ; et Incubator, Londres (2022). Son travail a également figuré dans des expositions collectives chez Jeremy Scholar, Londres (2023) ; Rose Easton, Londres (2023) ; Michael Werner Gallery, Londres (2022–2023) ; et Ginny on Frederick, Londres (2022), entre autres. Ses œuvres font partie de collections prestigieuses, notamment la Loewe Art Collection à Madrid et la Government Art Collection à Londres
‘Inside the White Cube’ is a series of exhibitions showcasing work by non-represented artists at the forefront of global developments in contemporary art who have not previously exhibited with the gallery.
Launched in 2011 at White Cube Bermondsey in London, the programme has since expanded to the gallery’s other locations.
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